Oratoire en Limousin

Oratoire en Limousin
Franck Lafossas

Franck Lafossas, originaire de Limoges, est magistrat. En 2000, il a publié une Anthologie poétique (Arts et Lettres de France). Il est l’auteur aux éditions Les Dossiers d’Aquitaine notamment de : Les Fantômes de Pompéi (2000), Pline l’Ancien, Le Testament de Pompéi (2003) et Oratorio pour Oradour (2001) dont il a cédé ses droits d’auteur à l’Association nationale des familles des martyrs d’Oradour-sur-Glane. Pour ce recueil, depuis édité également en anglais et en allemand, il avait obtenu le prix de fondation de la Société des poètes français en 1997.

Je voudrais vous parler un peu de ma campagne,
Et par ces quelques vers qu’une peine accompagne,
Vous dire : il faisait bon de vivre en mon pays,
Quand tous les habitants en ont été trahis …

Ici, l’on monte aux Cieux (1) dès cinq cent quinze mètres
Où sur les Monts de Blond déjà poussent les hêtres.
N’y cherchez pas pour cause un accent du midi,
Il ne s’y dit peuchère, et tout juste pardi…

N’y trouvez que l’écho d’un très doux paysage,
Où l’absence d’excès rend l’habitant plus sage,
Mais dont le sol est pauvre, exige un dur labeur,
Et tôt nous habitue à travailler sans peur.

Ma terre est en prairie, en vallon, en colline,
La Glane est sa rivière ondoyante et câline,
Elle inspira Corot pour des scènes de nu
Et sa rive prend feu dès l’automne venu.

Notre arbre est le sapin, le châtaignier, le chêne,
L’érable et le bouleau. Dès septembre, une chaîne
D’ocres maillons couronne au front cette forêt ;
Quelques troncs blancs, du vert, en soulignent l’effet.

L’eau coule en toutes parts. Il se dit “mille vaches
Pourraient s’en abreuvoir…” On fait des élevages
Qu’en petite montagne on peut apercevoir.

La nature a donné, l’homme a su recevoir.
Sur les monts d’alentour tintent mille clarines
N’appelant un berger. Ces petites cousines
De la cloche du bourg ont toutes fait serment
De garder la mémoire, ainsi, continûment…

Et dans chaque pâture, et toute la journée,
Les enfants d’Oradour ont cette destinée
Que le feu, qui fondit leur chair avec l’airain,
Les fait renaître à nous dans ce chant : leur parrain.

L’oradour, en patois, est un lieu de prières :
Oratoire impromptu dans un trou de bruyères…
Comprenez qu’approchant les ruines des maisons
Ce poème souvent s’achève en oraisons…

(1) petit village derrière Oradour

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