{"id":57,"date":"2017-02-26T16:38:37","date_gmt":"2017-02-26T15:38:37","guid":{"rendered":"http:\/\/revue-phaeton.fr\/?p=57"},"modified":"2017-02-26T16:49:55","modified_gmt":"2017-02-26T15:49:55","slug":"rimbaud-et-la-synesthesie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/","title":{"rendered":"Rimbaud et la synesth\u00e9sie"},"content":{"rendered":"<p><strong>Rimbaud et la synesth\u00e9sie<\/strong><br \/>\n<strong>Jean-Rodolphe Vignes<\/strong><br \/>\nJean- Rodolphe Vignes est professeur de m\u00e9decine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bordeaux.<br \/>\nDocteur en neurosciences, il exerce comme neurochirurgien au Centre hospitalo- Universitaire de Bordeaux et enseigne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bordeaux. (voir dans la section biographie)<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-58\" src=\"http:\/\/revue-phaeton.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rimbaud.jpg\" alt=\"\" width=\"157\" height=\"210\" \/><br \/>\nCette photographie en noir et blanc, repr\u00e9sente bien s\u00fbr Jean, Nicolas, Arthur Rimbaud (1854-1891). Elle a probablement \u00e9t\u00e9 prise en 1871, alors qu\u2019il n\u2019avait que 17 ou 18 ans, et qu\u2019il arrivait \u00e0 Paris fuyant une fois de plus Charleville, plein d\u2019ambition et de po\u00e9sies. Il souhaitait au moins deux choses, faire publier ses \u00e9crits (par l\u2019interm\u00e9diaire de Paul Demeny, pensait-il) et rencontrer Paul Verlaine, dont il appr\u00e9ciait l\u2019\u0153uvre, lue gr\u00e2ce \u00e0 son professeur de rh\u00e9torique au coll\u00e8ge de Charleville, Georges Izambard. Quand Rimbaud prend contact avec Verlaine, par l\u2019entremise de Charles Bretagne en ao\u00fbt 1871, il ne conna\u00eet de son correspondant que les vers des <em>Po\u00e8mes saturniens<\/em> et des <em>F\u00eates galantes<\/em> (jug\u00e9es \u00abadorables\u00bb) mais suffisamment dignes \u00e0 ses yeux (qualifiant Verlaine de \u00abvrai po\u00e8te\u00bb) pour qu\u2019il puisse lui soumettre les siens. Rimbaud d\u00e9barque donc \u00e0 Paris par le train, en septembre 1871. Il est rapidement introduit dans les milieux litt\u00e9raires parisiens, et c\u2019est \u00e9galement Verlaine qui conduit Rimbaud dans l\u2019atelier d\u2019\u00c9tienne Carjat, photographe des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s et artistes d\u2019alors, au 10, rue Notre-Dame-de- Lorette. \u00abN\u2019est-ce pas bien l\u2019Enfant Sublime\u00bb s\u2019exclame Verlaine, dans une lettre du 2 novembre 1883 \u00e0 Charles Morice. Il y a deux clich\u00e9s connus, dont les dates exactes sont encore d\u00e9battues. Ce portrait montre un Rimbaud \u00e0 la cravate maladroitement nou\u00e9e, les cheveux en d\u00e9sordre, un regard lointain, une pose assez classique qui peut \u00e9galement faire penser \u00e0 celle prise par Charles Baudelaire. Cette repr\u00e9sentation de l\u2019auteur, publi\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1922, et qui est actuellement expos\u00e9e au Mus\u00e9e Rimbaud de Charleville-M\u00e9zi\u00e8res, a une histoire propre tout aussi \u00e9tonnante et picaresque que la vie m\u00eame de son mod\u00e8le. Mais en regardant ce visage, peut-on imaginer autant de g\u00e9nie, de facilit\u00e9 intellectuelle, de facult\u00e9 de cr\u00e9ation ? Ce qui est \u00e9galement frappant, c\u2019est certainement le contraste entre cette photographie si pauvre en couleur et l\u2019\u0153uvre de Rimbaud qui en est si riche, pour atteindre un paroxysme \u00e9clatant dans son po\u00e8me <em>Voyelles<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,<br \/>\nJe dirai quelque jour vos naissances latentes :<br \/>\nA, noir corset velu des mouches \u00e9clatantes<br \/>\nQui bombinent autour des puanteurs cruelles,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Golfes d\u2019ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,<br \/>\nLances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d\u2019ombelles ;<br \/>\nI, pourpres, sang crach\u00e9, rire des l\u00e8vres belles<br \/>\nDans la col\u00e8re ou les ivresses p\u00e9nitentes ;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">U, cycles, vibrements divins des mers virides,<br \/>\nPaix des p\u00e2tis sem\u00e9s d\u2019animaux, paix des rides<br \/>\nQue l\u2019alchimie imprime aux grands fronts studieux ;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">O, supr\u00eame Clairon plein des strideurs \u00e9tranges,<br \/>\nSilences travers\u00e9s des Mondes et des Anges ;<br \/>\n&#8211; O l\u2019Om\u00e9ga, rayon violet de Ses Yeux !<\/p>\n<p>Ce texte a s\u00fbrement \u00e9t\u00e9 l\u2019un des plus comment\u00e9s de son \u0153uvre. \u00c9crit probablement \u00e0 l\u2019automne ou l\u2019hiver 1871, ce sonnet de 14 vers a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 5 octobre 1883 dans la revue <em>Lut\u00e8ce<\/em> gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention de Verlaine qui en aurait ajout\u00e9 la ponctuation et quelques variantes s\u00e9mantiques. Il montre l\u2019exceptionnelle abondance des adjectifs de couleur, illustrant parfaitement ce que doit \u00eatre, pour lui, un Po\u00e8te (lettre \u00e0 Paul Demeny du 15 mai 1871). Le noir bien s\u00fbr, couleur (ou non couleur) r\u00e9currente chez Rimbaud, est not\u00e9e une centaine de fois. Pensons au \u00abgibet noir\u00bb (<em>Bal des pendus<\/em>), \u00e0 \u00abla chaste robe noire\u00bb (le<em> Ch\u00e2timent de Tartuffe<\/em>), aux \u00ab noirs dans la neige \u00bb (<em>Les Effar\u00e9s<\/em>) ou encore aux \u00abnoirs de loupes\u00bb <em>(Les Assis<\/em>). Vient ensuite le blanc, souvent en contrepoint du noir, mais aussi en sentiment de puret\u00e9 comme \u00abl\u2019infini roul\u00e9 blanc de ta nuque \u00e0 tes reins\u00bb (<em>L\u2019 \u00e9toile a pleur\u00e9 rose<\/em>), ou encore \u00abla rue est blanche et c\u2019est la nuit\u00bb (<em>L\u2019Angelot maudit<\/em>). Le rouge, qui s\u2019associe le plus souvent au vocabulaire charnel, au lexique du corps : \u00abElle avait r\u00eav\u00e9 rouge. Elle saigna du nez\u00bb (<em>Les Premi\u00e8res Communions<\/em>) ou bien \u00abil a deux trous rouges au c\u00f4t\u00e9 droit\u00bb (<em>Le Dormeur du val<\/em>). Le bleu et le rose renvoient plut\u00f4t \u00e0 la candeur, \u00e0 l\u2019insouciance et au bonheur \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, comme \u00abdu bon matin bleu, qui vous baigne\u00bb (<em>Ce que retient Nina<\/em>), ou \u00abl\u2019\u00e9toile a pleur\u00e9 rose au coeur de tes oreilles\u00bb (<em>L\u2019 \u00e9toile a pleur\u00e9 rose<\/em>). Ces couleurs, tr\u00e8s pr\u00e9sentes au d\u00e9but de l\u2019oeuvre, tendent \u00e0 s\u2019effacer avec le temps et la na\u00efvet\u00e9. Le vert : \u00abj\u2019ai r\u00eav\u00e9 la nuit verte aux neiges \u00e9blouies\u00bb (<em>Le Bateau ivre<\/em>), le violet, le jaune etc. pouvant \u00eatre m\u00e9lang\u00e9s dans un m\u00eame \u00e9crit : <em>Le Dormeur du val<\/em> (bleu, vert, rouge), <em>Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir<\/em> (vert, rose, blanc), <em>R\u00eav\u00e9 pour l\u2019 hiver<\/em> (rose, bleu, noir). \u00c0 cela se rajoutent les couleurs \u00e9voqu\u00e9es : \u00abGlaciers, soleils d\u2019argent, flots nacreux, cieux de braise\u00bb (<em>Le Bateau ivre<\/em>), inventant m\u00eame un n\u00e9ologisme (pour la couleur de la nacre). Rimbaud \u00e9crit avec sa palette de couleurs, comme un \u00abImpressionniste\u00bb selon le mot d\u2019Emilie Noulet, universitaire Belge. Rappelons que le tableau <em>Le D\u00e9jeuner sur l\u2019 herbe<\/em> d\u2019Edouard Manet a \u00e9t\u00e9\u00a0expos\u00e9 \u00e0 partir de 1863. En fait, Rimbaud pense lui-m\u00eame avoir une maturit\u00e9 importante, comme il le dit dans sa lettre \u00e0 Izambard le 25 ao\u00fbt 1870 : \u00abMa vie \u00e0 dix-huit ans compte tout un pass\u00e9\u00bb. Il n\u2019a pas encore 16 ans lorsqu\u2019il r\u00e9dige ces mots ! Il faut de suite constater que l\u2019auteur m\u00e9lange r\u00e9guli\u00e8rement les sens, privil\u00e9giant volontiers la vue, le toucher, l\u2019olfaction, l\u2019audition. Il tente une explication de ses associations sensorielles dans son \u0153uvre dans Alchimie du Verbe :<\/p>\n<p>\u00ab \u00c0 moi. L\u2019histoire d\u2019une de mes folies.<\/p>\n<p>Depuis longtemps je me vantais de poss\u00e9der tous les paysages possibles, et trouvais d\u00e9risoires les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s de la peinture et de la po\u00e9sie moderne. J\u2019aimais les peintures idiotes, dessus de portes, d\u00e9cors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la litt\u00e9rature d\u00e9mod\u00e9e, latin d\u2019\u00e9glise, livres \u00e9rotiques sans orthographe, romans de nos a\u00efeules, contes de f\u00e9es, petits livres de l\u2019enfance, op\u00e9ras vieux, refrains niais, rythmes na\u00effs.<\/p>\n<p>Je r\u00eavais croisades, voyages de d\u00e9couvertes dont on n\u2019a pas de relations, r\u00e9publiques sans histoires, guerres de religion \u00e9touff\u00e9es, r\u00e9volutions de moeurs, d\u00e9placements de races et de continents : je croyais \u00e0 tous les enchantements.<\/p>\n<p>J\u2019inventai la couleur des voyelles ! &#8211; A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. &#8211; Je r\u00e9glai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d\u2019inventer un verbe po\u00e9tique accessible, un jour ou l\u2019autre, \u00e0 tous les sens. Je r\u00e9servais la traduction.<\/p>\n<p>Ce fut d\u2019abord une \u00e9tude. J\u2019\u00e9crivais des silences, des nuits, je notais l\u2019inexprimable. Je fixais des vertiges.\u00bb<\/p>\n<p>Il est certain que les souvenirs de l\u2019enfance ressurgissent dans les textes de Rimbaud <em>(Les Po\u00e8tes de sept ans<\/em>). Les romans d\u2019aventures qui jalonnent son parcours de jeune lecteur ont une influence sur le d\u00e9veloppement de ses sensations chromatiques. Les \u00abPeaux-Rouges\u00bb, les \u00abpoteaux de couleurs \u00bb, les \u00abarcs-en-ciel\u00bb, les \u00abgolfes bruns\u00bb tir\u00e9s du Bateau ivre, montrent \u00e0 quel point Rimbaud se rem\u00e9more ses premi\u00e8res lectures, images qui contrastent avec cette n\u00e9cessit\u00e9 pr\u00e9coce de marcher loin, de partir au-del\u00e0, de fuir sa vie et \u00abje pisse vers les cieux bruns, tr\u00e8s haut et tr\u00e8s loin\u00bb comme il le dit dans <em>Oraison du soir.<\/em> Son \u00e9ducation a \u00e9t\u00e9 des plus classiques, inscrit d\u00e8s 1865 au coll\u00e8ge de Charleville, bourgade alors en plein essor, il obtient r\u00e9guli\u00e8rement des r\u00e9compenses (r\u00e9citation, vers latins, histoire et g\u00e9ographie, enseignement religieux, allemand, version grecque) lui permettant de publier trois de ses devoirs en vers latins dans la revue officielle de l\u2019acad\u00e9mie de Douai et d\u2019entrer en rh\u00e9torique au coll\u00e8ge. On sait que la po\u00e9sie grecque, qu\u2019appr\u00e9ciait Rimbaud, foisonne de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la couleur, le rouge \u00e9tant pr\u00e9sent dans <em>L\u2019Iliade<\/em>, Aristote ayant \u00e9galement utilis\u00e9 le vert, le bleu, et le violet dans son oeuvre. Et puis, comment ne pas \u00e9voquer l\u2019influence ind\u00e9niable de la lecture de Charles Baudelaire, \u00ab un vrai Dieu \u00bb aux yeux de Rimbaud, et notamment de <em>Correspondances<\/em> (1857), extrait des <em>fleurs du Mal<\/em> (IV) :<\/p>\n<p>\u00abComme de longs \u00e9chos qui de loin se confondent<br \/>\nDans une t\u00e9n\u00e9breuse et profonde unit\u00e9,<br \/>\nVaste comme la nuit et comme la clart\u00e9,<br \/>\nLes parfums, les couleurs et les sons se r\u00e9pondent.\u00bb<\/p>\n<p>Dans cette continuit\u00e9, Verlaine a tr\u00e8s t\u00f4t magnifi\u00e9 les sens. Les Po\u00e8mes<br \/>\n<em>Saturniens<\/em> (1866) et les<em> F\u00eates Galantes<\/em> (1869) refl\u00e8tent encore son aspect Parnassien, mais d\u00e9j\u00e0 s\u2019y m\u00eale \u00able souvenir avec le cr\u00e9puscule\u00bb et il entend \u00abl\u2019inflexion des voix ch\u00e8res qui se sont tues\u00bb. Rappelons cet extrait d\u2019<em>Art po\u00e9tique<\/em> de 1874 dans lequel il pr\u00e9cise :<br \/>\n\u00abCar nous voulons la Nuance encor,<br \/>\nPas la Couleur, rien que la nuance!<br \/>\nOh ! la nuance seule fiance<br \/>\nLe r\u00eave au r\u00eave et la fl\u00fbte au cor !\u00bb<\/p>\n<p>Mais reprenons le po\u00e8me <em>Voyelles<\/em>. Nous avons vu l\u2019importance de la sensation color\u00e9e donc visuelle dans l\u2019oeuvre de Rimbaud. En dehors de l\u2019\u00e9vidence des influences de l\u2019\u00e9ducation, de la lecture, de l\u2019exp\u00e9rience, bon nombre d\u2019interpr\u00e9tations ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es concernant l\u2019exacerbation sensorielle dans ses textes, mais il est \u00e9vident que l\u2019association de lettres, des voyelles (graph\u00e8mes), \u00e0 des couleurs orienterait vers une description s\u00e9miologique de la synesth\u00e9sie. Cette synesth\u00e9sie serait alors un signe clinique, d\u2019un bon ou d\u2019un mauvais fonctionnement du cerveau, en tout cas d\u2019une \u00e9vidente activation de r\u00e9seaux neuronaux dont un neurobiologiste pourrait d\u00e9crire le fonctionnement. Le mot synesth\u00e9sie vient du grec Syn (union) et A\u00edsth\u00easis (sensibilit\u00e9) et veut dire perception simultan\u00e9e. Il s\u2019agit d\u2019une exp\u00e9rience subjective dans laquelle des perceptions relevant d\u2019une modalit\u00e9 sensorielle sont r\u00e9guli\u00e8rement accompagn\u00e9es de sensations relevant d\u2019une autre modalit\u00e9, en l\u2019absence de stimulation de cette derni\u00e8re. par exemple une personne peut \u00e9couter des notes de musique et y associer des sensations de couleurs. En France, c\u2019est d\u2019abord l\u2019adjectif \u00ab synesth\u00e9tique \u00bb qui est entr\u00e9 dans le dictionnaire Littr\u00e9 en 1873 (\u00ab terme de physiologie, qui \u00e9prouve une sensation simultan\u00e9e avec un autre organe \u00bb), alors que le mot \u00ab synesth\u00e9sie \u00bb n\u2019appara\u00eet qu\u2019en 1890 dans le Nouveau Larousse : \u00ab Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019audition color\u00e9e est un frappant exemple de synesth\u00e9sie : il consiste en ce que, chez certains sujets, un son d\u2019un timbre donn\u00e9 d\u00e9termine non seulement une sensation auditive mais encore une sensation visuelle d\u2019une couleur donn\u00e9e et toujours pour le m\u00eame son. Il y a donc l\u2019association des sensations, l\u2019une naissant \u00e0 la suite et \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019autre, dans une partie du corps ou un appareil sensoriel plus ou moins distant du point primitivement impressionn\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature de Rimbaud est parcourue d\u2019\u00e9l\u00e9ments synesth\u00e9siques, comme dans Les<em> Illuminations<\/em>, (1873-1875). Ainsi dans Phrases : \u00abUne matin\u00e9e couverte, en Juillet. Un go\u00fbt de cendres vole dans l\u2019air ; \u2014 une odeur de bois suant dans l\u2019\u00e2tre \u2014 les fleurs rouies, \u2014 le saccage des promenades, \u2014 la bruine des canaux par les champs, \u2014 pourquoi pas d\u00e9j\u00e0 les joujoux et l\u2019encens ?\u00bb. Cette accumulation de notations visuelles, olfactives (\u00abodeur de bois\u00bb, \u00abencens\u00bb), gustatives (\u00abgo\u00fbt de cendres\u00bb), tactiles (la \u00abbruine\u00bb), auditives (on entend \u00absuer\u00bb les b\u00fbches) se retrouve dans d\u2019autres passages des <em>Illuminations<\/em> : \u00ab Il sonne une cloche de feu rose dans les nuages\u00bb (<em>Phrases<\/em>) ; \u00abLa lune br\u00fble et hurle\u00bb (<em>Villes<\/em> I) ; \u00abDes cercles de musique sourde\u00bb (<em>Being Beauteous<\/em>) ; \u00abParfums pourpres du soleil des p\u00f4les\u00bb (<em>M\u00e9tropolitain<\/em>). Dans ces exemples, une sensation en fait na\u00eetre une autre qui en pr\u00e9cise ou en renforce le sens. Dans \u00abLes fleurs de r\u00eave tintent, \u00e9clatent, \u00e9clairent\u00bb (<em>Enfance<\/em>) l\u2019id\u00e9e de beaut\u00e9 est exprim\u00e9e conjointement par la luminosit\u00e9 \u00e9clatante et le tintement cristallin de l\u2019objet \u00e9voqu\u00e9 en r\u00eave. Dans \u00abUn envol de pigeons \u00e9carlates tonne autour de ma pens\u00e9e\u00bb (<em>Vies<\/em> I), la violence auditive de la perception (\u00abtonne\u00bb) est renforc\u00e9e par une vision en rouge (\u00ab\u00e9carlates\u00bb), peu naturelle et inattendue.<\/p>\n<p>Victor Segalen dans \u00ab<em>Les synesth\u00e9sies et l\u2019 \u00e9cole symboliste<\/em>\u00bb pr\u00e9cise que la litt\u00e9rature a depuis longtemps utilis\u00e9 ce proc\u00e9d\u00e9. D\u00e8s l\u2019\u00e9poque v\u00e9dique, les po\u00e8tes hindous usaient de corr\u00e9lations sensorielles. Les H\u00e9breux ont \u00e9galement dans les textes anciens des \u00e9quivalents synesth\u00e9siques. La civilisation gr\u00e9co-latine \u00e9galement. Johann Wolfgang von Goethe dans sa th\u00e9orie des sons et des couleurs aussi. Si d\u2019un point du vue litt\u00e9raire, cette confusion des sens est connue depuis longtemps, il n\u2019en est pas de m\u00eame du point de vue m\u00e9dical, et l\u2019on peut se demander si au-del\u00e0 de l\u2019int\u00e9r\u00eat po\u00e9tique, il n\u2019existe pas un aspect m\u00e9connu de la personnalit\u00e9 de Rimbaud, une particularit\u00e9 de son syst\u00e8me neurologique qui lui aurait permis de ressentir ce que d\u2019autres ne peuvent ressentir, ou de construire une image mentale donnant cet effet de style puissant qui classe ce po\u00e8me parmi les plus repr\u00e9sentatifs du style de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p><strong>La synesth\u00e9sie, une terminologie d\u2019abord m\u00e9dicale<\/strong><\/p>\n<p>Georg Tobias Ludwig Sachs (1786\u20131814), m\u00e9decin bavarois, a \u00e9t\u00e9 le premier scientifique \u00e0 publier son propre cas, en d\u00e9crivant l\u2019association de sensations color\u00e9es en \u00e9coutant de la musique, ou en lisant certains nombres, jours de la semaine, ou lettres. Ces ph\u00e9nom\u00e8nes, constat\u00e9s \u00e9galement chez sa soeur (albinisme familial) ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9nomm\u00e9s synesth\u00e9sies. Sachs a rapidement conclu que d\u2019autres personnes pourraient partager ces m\u00eames sensations. La notion de correspondances intersensorielles est tr\u00e8s populaire dans les milieux scientifiques et artistiques de la fin du XVIIIe si\u00e8cle. Isaac Newton (1643-1727) a sp\u00e9cul\u00e9 sur l\u2019existence d\u2019une loi physique qui pourrait expliquer la relation entre les sept intervalles musicaux dans le syst\u00e8me d\u2019octave et les sept couleurs qu\u2019il a identifi\u00e9es dans le spectre de la lumi\u00e8re. Les salons litt\u00e9raires du XIXe si\u00e8cle rapportent souvent des anecdotes concernant des hommes aveugles capables de diff\u00e9rencier les couleurs par le toucher, consid\u00e9rant cette capacit\u00e9 comme une preuve philosophique de sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019homme sur l\u2019animal. Charles-Auguste-\u00c9douard Cornaz (1825-1911), c\u00e9l\u00e8bre chirurgien de Neuch\u00e2tel en Suisse, dans sa th\u00e8se de doctorat en m\u00e9decine (<em>Des abnormit\u00e9s cong\u00e9nitales des yeux et de leurs annexes<\/em>, 1848), a tent\u00e9 d\u2019expliquer la synesth\u00e9sie par des anomalies anatomiques au niveau des yeux qui, contrairement au daltonisme, produiraient un \u00e9tat d\u2019hyperchromatopsie (perception de trop de couleurs). En r\u00e9ponse \u00e0 cette description, un nouveau cas est identifi\u00e9 l\u2019ann\u00e9e suivante, avec proposition du terme \u00ab hyperesth\u00e9sie du sens de la couleur \u00bb (Anonyme, 1849), sugg\u00e9rant que cette condition ne doit pas \u00eatre rare, mais probablement n\u00e9glig\u00e9e et proposant la description d\u2019une personne pour qui les lettres ont une certaine coloration, selon qu\u2019elles sont prononc\u00e9es ou pens\u00e9es, allant du rouge p\u00e2le, blanc bleut\u00e9, jaune, noir, rouge cerise au brun fonc\u00e9 ou brun clair. Ces premiers cas ont d\u00e9clench\u00e9 scepticisme et discussion dans la communaut\u00e9 fran\u00e7aise. Pour certains, ces ph\u00e9nom\u00e8nes ne seraient pas physiologiques mais rel\u00e8veraient de pathologies mentales (une forme d\u2019autisme peut d\u00e9velopper des synesth\u00e9sies). Pour d\u2019autres, l\u2019origine en serait le cerveau lui-m\u00eame, et non pas les yeux. Louis Perroud (1833-1889), m\u00e9decin lyonnais a rapport\u00e9, dans le Journal de M\u00e9decine de Lyon en 1863, le cas d\u2019un patient associant des lettres, des chiffres et des couleurs : \u00ab M. X, 30 ans, actuellement en bonne sant\u00e9, depuis un certain temps qui est difficile \u00e0 sp\u00e9cifier (autour de 12 \u00e0 15 ans), voit certaines voyelles en couleur, c\u2019est-\u00e0-dire, aussi intimement li\u00e9e dans son esprit avec l\u2019id\u00e9e de la couleur, dans la mesure o\u00f9 il ne peut pas porter ces lettres \u00e0 l\u2019esprit sans apporter en m\u00eame temps la couleur qu\u2019il associe \u00e0 chacune d\u2019elles. De cette fa\u00e7on, dit-il, A me rappelle l\u2019id\u00e9e de jaune-orange, le E est bleu\u00e2tre-gris ou gris perle, I rouge carmin, O jaune canari, U noir. Parmi les consonnes, V appara\u00eet verd\u00e2tre, tandis que les autres lettres sont incolores. L\u2019association de plusieurs voyelles est plus compliqu\u00e9e, et l\u2019UA ne donne pas la double sensation de jaune orange et du noir, mais plut\u00f4t, une seule sensation de jaune-orange fonc\u00e9 ; OEU donne gris-noir\u00e2tre ; UI fonc\u00e9 rouge carmin ; OU, jaune-brun. Pour notre sujet, les chiffres sont eux-m\u00eames li\u00e9s \u00e0 des id\u00e9es de couleur, bien que d\u2019une mani\u00e8re moins claire que les voyelles : 1 et 7 sont rouge carmin, 2 et 3 sont gris bleu, 4 est un brun fonc\u00e9, 5 n\u2019a pas de couleur pr\u00e9cise, 6 est verd\u00e2tre, 0 et 8 sont jaune canari. \u00bb Des formes de synesth\u00e9sies peuvent appara\u00eetre lors d\u2019associations al\u00e9atoires de consonnes (TMM, TDMC par exemple) ou de l\u2019association consonnes\/voyelles (TMAAM, par exemple : Mar\u00e9e en rouge, Amer en bleu, etc.).<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 Louis-Victor Marc\u00e9, qui, quelques ann\u00e9es auparavant (1860), avait d\u00e9crit la synesth\u00e9sie comme une maladie, \u00ab probablement incurable \u00bb, Perroud, pense qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une variation \u00e0 la normale dont l\u2019origine est c\u00e9r\u00e9brale, tout comme Chabalier, \u00e9l\u00e8ve lyonnais du m\u00eame Perroud, qui a propos\u00e9 une nouvelle terminologie en 1864, \u00abla pseudo-chromesth\u00e9sie\u00bb (la fausse vision des couleurs), pour bien montrer que le ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019est pas li\u00e9 aux yeux, et a d\u00e9crit le cas d\u2019un de ses patients : \u00abIl voit tr\u00e8s bien imprim\u00e9 en noir. Mais d\u00e8s que la pens\u00e9e d\u2019une voyelle est amen\u00e9e \u00e0 la conscience, sans m\u00eame \u00eatre substantiellement pr\u00e9sente, alors la voyelle s\u2019attache \u00e0 une sorte de couche impressionniste et il ne peut pas penser la voyelle sans y associer imm\u00e9diatement une couleur sp\u00e9cifique dans son esprit. Les voyelles seules sont de couleur, les consonnes \u00e9tant comme des lettres mortes pour lui, inanim\u00e9es, et tout \u00e0 fait secondaires. La lettre A repr\u00e9sente un noir tr\u00e8s fonc\u00e9, E est gris, I est rouge, O blanc, et U est associ\u00e9 \u00e0 un noir plus l\u00e9ger.\u00bb Sa synesth\u00e9sie ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0, puisqu\u2019il est capable d\u2019associer des couleurs diff\u00e9rentes en fonction de la composition des mots. Il rajoute dans cette publication, la description d\u2019une synesth\u00e9sie non visuelle (patient capable de sentir des odeurs \u00e0 l\u2019\u00e9coute d\u2019une cloche d\u2019\u00e9glise).<\/p>\n<p>Cette fois-ci, l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une origine au niveau du nerf optique est envisag\u00e9e, mais Chabalier consid\u00e8re \u00e9galement le ph\u00e9nom\u00e8ne comme une forme d\u2019illusion plut\u00f4t que d\u2019hallucination, plus volontiers fr\u00e9quente chez les femmes \u00ab pour qui l\u2019imagination a une plus grande domination \u00bb, et pouvant appara\u00eetre t\u00f4t dans l\u2019enfance sans que cela soit cong\u00e9nital. Cette th\u00e9orie m\u00e9dicale est largement diffus\u00e9e par ses \u00e9crits, mais aussi par ses commentaires et discussions dans les r\u00e9unions sociales, et la cons\u00e9quence n\u2019est pas anodine, puisque quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la parution de cet article, a \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9e une m\u00e9thode \u00e9ducative pour l\u2019enseignement de la lecture : mat\u00e9rialiser chaque lettre par une couleur particuli\u00e8re pour en faciliter la m\u00e9morisation. \u00ab Je suis convaincu que ce type d\u2019enseignement va produire de nombreux cas de pseudo-chromesth\u00e9sie \u00bb disait Chabalier. Ses id\u00e9es et ses th\u00e9ories ont rapidement fait le tour de l\u2019Europe, et d\u2019autres cas de synesth\u00e9sies ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9pertori\u00e9s en Italie par Antonio Berti (1865) et Filippo Lussana (1865) lequel attribue un m\u00eame m\u00e9canisme biologique \u00e0 la synesth\u00e9sie et \u00e0 la m\u00e9taphore. Les philosophes participent au d\u00e9bat, comme Joseph-Pierre Durand. En France on ne retrouve le terme de synesth\u00e9sie dans le domaine m\u00e9dical qu\u2019en 1891 (th\u00e8se de Millet \u00e0 Montpellier) alors que les anglo-saxons ont repris le terme, depuis la description de Sachs.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce bouillonnement intellectuel de la deuxi\u00e8me partie du XIXe si\u00e8cle qu\u2019il faut se resituer pour comprendre la pr\u00e9sence aussi importante de la couleur et des impressions synesth\u00e9siques dans l\u2019oeuvre de Rimbaud. C\u2019est donc probablement le 15 septembre 1871 que Rimbaud arrive \u00e0 Paris. Il fr\u00e9quente rapidement les Zutistes, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel des \u00c9trangers, boulevard Saint-Michel \u00e0 Paris, dans le quartier latin, non loin de l\u2019\u00c9cole de M\u00e9decine. Dans ce Paris encore Parnassien, il fr\u00e9quente deux personnages qu\u2019il nous semble important de d\u00e9crire. Antoine-Hippolyte Cros (1833-1903) est le fils du philosophe Simon-Charles-Henri Cros (1803-1876) et le petit-fils du grammairien Antoine Cros (1769-1844). Il a deux fr\u00e8res, Charles, po\u00e8te et inventeur (du t\u00e9l\u00e9graphe automatique, du proc\u00e9d\u00e9 de photographie en couleurs et du pal\u00e9ophone, anc\u00eatre du phonographe) ; Henry, peintre et sculpteur tr\u00e8s proche des peintres impressionnistes. Antoine est m\u00e9decin depuis 1857, on lui doit \u00e9galement nombre d\u2019ouvrages litt\u00e9raires, philosophiques, m\u00e9dicaux ou relatifs \u00e0 l\u2019occultisme. Sa pr\u00e9sence aux r\u00e9unions du Cercle des po\u00e8tes Zutiques est prouv\u00e9e par diff\u00e9rents documents, il a m\u00eame particip\u00e9 \u00e0 l\u2019illustration de l\u2019Album zutique. En 1874, il publie un ouvrage m\u00e9dical sur les fonctions sup\u00e9rieures du syst\u00e8me nerveux dans lequel il pr\u00e9cise : \u00absans aucun doute, la s\u00e9paration de la physiologie et de la psychologie, op\u00e9r\u00e9e en quelque sorte par la force des choses, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 sans avantage pour le progr\u00e8s ; et nous sommes loin de vouloir revenir aux origines de la science de l\u2019homme : nous croyons cependant qu\u2019il est indispensable aujourd\u2019hui, non pas de confondre comme autrefois, ces deux ordres de connaissances, mais de r\u00e9unir les donn\u00e9es que fournit, d\u2019une part, l\u2019\u00e9tude de l\u2019\u00e2me faite par elle-m\u00eame, et, d\u2019autre part, l\u2019observation des \u00eatres vivants consid\u00e9r\u00e9s dans leurs rapports avec leurs milieux, et plus particuli\u00e8rement avec les organismes qu\u2019ils animent.\u00bb Antoine Cros a raison dans cette analyse et dire que la psychologie et la physiologie ne sont finalement que l\u2019\u00e9tude d\u2019une m\u00eame \u00e9vidence, le cerveau, peut appara\u00eetre bien facile. Pourtant, la th\u00e9orie neuronale (le syst\u00e8me nerveux est compos\u00e9 de cellules particuli\u00e8res, les neurones) n\u2019\u00e9merge qu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1880, gr\u00e2ce aux travaux d\u2019impr\u00e9gnation argentique (comme une r\u00e9v\u00e9lation photographique !) de Santiago Ramon y Cajal, histologiste espagnol, qui obtiendra le prix Nobel de M\u00e9decine en 1906. Cette d\u00e9couverte a marqu\u00e9 le d\u00e9but de la compr\u00e9hension du fonctionnement du syst\u00e8me nerveux. En fait d\u2019un neurone, le cerveau est constitu\u00e9 de plus de 200 types cellulaires et au total 100 milliards de neurones reli\u00e9s entre eux par des synapses communicant en permanence au travers d\u2019axones et de dendrites. Antoine Cros aurait eu ces connaissances, qu\u2019il les aurait certainement transmises lors d\u2019une soir\u00e9e au troisi\u00e8me \u00e9tage de cet H\u00f4tel des \u00c9trangers. En effet celui-ci connaissait certainement ces cas de synesth\u00e9sies qui passionnaient toute la soci\u00e9t\u00e9 depuis quelques d\u00e9cennies. Ne peut-on pas envisager qu\u2019il f\u00fbt le conteur d\u2019une ces histoires aupr\u00e8s des zutiques ?<br \/>\nSupports neurophysiologiques de la synesth\u00e9sie graph\u00e8me-couleur Pour appr\u00e9hender ces ph\u00e9nom\u00e8nes subjectifs, il faut d\u2019abord comprendre comment se d\u00e9veloppe une stimulation visuelle depuis l\u2019oeil jusqu\u2019\u00e0 notre cerveau. Mentionnons les travaux de David Hubel et Torsten Wiesel qui ont particip\u00e9 \u00e0 la description de ce r\u00e9seau de la vision et qui ont obtenu le prix Nobel de M\u00e9decine en 1981. La vision fait intervenir des structures anatomiques complexes, et des voies neurologiques sp\u00e9cifiques. La r\u00e9tine re\u00e7oit et analyse la stimulation lumineuse gr\u00e2ce \u00e0 un ensemble de cellules r\u00e9ceptrices dont certaines d\u00e9rivent directement du syst\u00e8me nerveux, ce qui a fait dire que le fond de l\u2019oeil (la r\u00e9tine) est un peu le reflet de notre \u00e2me, en tout cas il est en relation directe avec notre cerveau par le nerf optique. Certaines de ces cellules, les photor\u00e9cepteurs (les b\u00e2tonnets et les c\u00f4nes) captent le spectre lumineux par l\u2019interm\u00e9diaire de pigments, qui produisent un signal \u00e9lectrique, c\u2019est la phototransduction : activation de la rhodopsine par absorption d\u2019un photon ; la rhodopsine activ\u00e9e permet le clivage et l\u2019activation d\u2019une prot\u00e9ine G, la transducine ; celle-ci active une enzyme (la phosphodiest\u00e9rase) qui hydrolyse une mol\u00e9cule de GMPc, entra\u00eenant la fermeture des canaux ioniques cationiques (c\u2019est-\u00e0-dire \u00e9lectriquement positifs, le sodium, le calcium) de la membrane cytoplasmique et donc la suppression du courant de d\u00e9polarisation d\u2019obscurit\u00e9. Ainsi l\u2019\u00e9tape \u00e9lectrophysiologique initiale de la vision est l\u2019apparition contre intuitive d\u2019un courant d\u2019hyperpolarisation au niveau des photor\u00e9cepteurs (polarisation positive intra-cellulaire) avec une lib\u00e9ration permanente de neurotransmetteurs \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9 qui cessent brutalement \u00e0 la lumi\u00e8re. C\u2019est le jeu ult\u00e9rieur des neurotransmetteurs et de leurs r\u00e9cepteurs activateurs ou inhibiteurs qui permettra le codage de l\u2019information \u00e0 travers des circuits sp\u00e9cifiques. Ainsi, la r\u00e9tine code les param\u00e8tres de luminosit\u00e9, de contraste, de couleur, de fr\u00e9quence spatiale et temporelle de l\u2019image per\u00e7ue, gr\u00e2ce aux propri\u00e9t\u00e9s que lui conf\u00e8rent la dualit\u00e9 de ces photor\u00e9cepteurs, la r\u00e9ponse spectrale pr\u00e9f\u00e9rentielle des c\u00f4nes, et l\u2019organisation g\u00e9ographique en champs r\u00e9cepteur. Un niveau suppl\u00e9mentaire de codage de l\u2019information se fait selon trois principales voies \u00e0 partir de cellules ganglionnaires de la r\u00e9tine. La voie parvocellulaire, qui repr\u00e9sente 80% des fibres du nerf optique, code pour les forts contrastes, la discrimination spatiale fine et participe \u00e0 la vision des couleurs en vision photopique. La voie magnocellulaire repr\u00e9sente 10% des fibres du nerf optique et code pour les faibles contrastes et le mouvement. Enfin, la voie koniocellulaire, qui ne repr\u00e9sente que moins de 1% des fibres du nerf optique, a un r\u00f4le majeur dans la vision des couleurs. Il existe donc un double message, d\u2019abord \u00e9lectrique, qui sera cod\u00e9 en fonction du signal visuel capt\u00e9 et transmis \u00e0 partir de la papille (partie initiale du nerf optique au niveau de la r\u00e9tine) lieu de r\u00e9unification de pr\u00e8s d\u2019un million de fibres nerveuses qui se divisent en faisceaux prennant en charge une partie de la r\u00e9tine (organisation des fibres en fonction de la position de la stimulation lumineuse). Le signal \u00e9lectrique se prolonge le long des nerfs optiques, puis du chiasma optique, puis vers le tractus optique jusqu\u2019aux corps genouill\u00e9s (ayant un r\u00f4le important d\u2019amplification du signal). Un dernier relais neuronal est form\u00e9 par les radiations optiques qui se terminent sur le cortex visuel primaire occipital (le cerveau visuel). C\u2019est, en effet, le traitement sp\u00e9cifique et complexe de l\u2019information par les cellules du cortex visuel qui aboutira \u00e0 la perception de l\u2019image (\u00e0 son ressenti), incluant l\u2019orientation, le mouvement, la forme, la couleur, le relief. Le traitement cortical de l\u2019information r\u00e9alise aussi une organisation coh\u00e9rente du message visuel avec les aires associatives le long de deux voies intra corticales : la voie ventrale ou occipito-temporale qui participe \u00e0 la reconnaissance des formes ; la voie dorsale ou occipito-pari\u00e9tale qui participe \u00e0 la perception du mouvement et \u00e0 la coordination visuo-motrice.<\/p>\n<p>L\u2019avanc\u00e9e des neurosciences, notamment en mati\u00e8re d\u2019imagerie fonctionnelle a permis d\u2019aller plus loin dans la compr\u00e9hension de l\u2019int\u00e9gration c\u00e9r\u00e9brale d\u2019un signal externe. \u00c0 partir d\u2019une imagerie c\u00e9r\u00e9brale par r\u00e9sonnance magn\u00e9tique (IRM) r\u00e9alis\u00e9e chez des personnes synesth\u00e9siques, des s\u00e9quences BOLD (blood oxygen level dependent), et l\u2019analyse VBM (voxed-based morphometry) ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9es. Ces analyses ont montr\u00e9 le r\u00f4le crucial du cortex non visuel dans la gen\u00e8se d\u2019une perception visuelle : la r\u00e9gion du cortex pari\u00e9tal post\u00e9ro-sup\u00e9rieur, anatomiquement au-dessus du cortex occipital visuel, est impliqu\u00e9e dans la synesth\u00e9sie graph\u00e8me-couleur : une m\u00eame stimulation (visualisation de lettres noires) peut entrainer une stimulation de voies neuronales codant pour la couleur. Il est \u00e9galement possible pour un synesth\u00e8te de voir des lettres en couleur \u00e0 la simple pens\u00e9e de celles-ci, impliquant alors une toute petite structure au niveau temporal interne, l\u2019hippocampe, ainsi appel\u00e9 en raison de sa forme, et responsable d\u2019une certaine forme de m\u00e9morisation. La synesth\u00e9sie est donc automatique, r\u00e9p\u00e9titive et m\u00e9morisable.<\/p>\n<p>Ainsi, nous avons la d\u00e9monstration que le cerveau est organis\u00e9 en r\u00e9seaux et non pas en r\u00e9gions exclusivement d\u00e9di\u00e9es \u00e0 une fonction neurologique. Cette \u00ab hodotopie \u00bb permet de comprendre que certains r\u00e9seaux, qui fonctionnent en parall\u00e8le, puissent \u00eatre interconnect\u00e9s par des voies crois\u00e9es pouvant alors \u00e9changer des informations entre deux syst\u00e8mes d\u00e9finissant le support neurobiologique \u00e0 la synesth\u00e9sie. Pour expliquer la mise en jeu ou pas de cette voie crois\u00e9e, plusieurs th\u00e9ories sont actuellement \u00e9mises, cela peut \u00eatre d\u00fb \u00e0 un syst\u00e8me crois\u00e9 hyperactiv\u00e9, ou un d\u00e9faut d\u2019inhibition physiologique de ce syst\u00e8me crois\u00e9.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me personnage semblant important dans les r\u00e9unions du cercle des po\u00e8tes Zutiques, c\u2019est Ernest Cabaner (1833-1881). Musicien boh\u00e8me et excentrique (d\u00e9crit comme un \u00ab apocalyptique musicien \u00bb), haut en couleur, il arrive \u00e0 Paris en 1850. Il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la litt\u00e9rature et \u00e0 la po\u00e9sie, fr\u00e9quente les peintres impressionnistes. Il devient barman et pianiste \u00e0 l\u2019H\u00f4tel des \u00c9trangers. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il rencontre Paul Verlaine qui le d\u00e9peint comme un \u00ab J\u00e9sus-Christ apr\u00e8s trois ans d\u2019absinthe \u00bb. Fin septembre 1871, Verlaine doit trouver un logement pour Rimbaud qui s\u2019est rendu insupportable chez sa femme, il le pr\u00e9sente \u00e0 Ernest Cabaner qui l\u2019h\u00e9berge d\u2019octobre \u00e0 novembre 1871, chez lui, dans sa chambre, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel des \u00c9trangers. Il lui donne sans doute quelques cours de piano selon sa m\u00e9thode chromatique d\u2019enseignement de la musique, en coloriant chaque note d\u2019une couleur d\u00e9finie, proc\u00e9d\u00e9 d\u00e9rivant de l\u2019application de Chabalier dans l\u2019acquisition de la lecture. Il a d\u2019ailleurs d\u00e9di\u00e9 son \u00ab Sonnet des Sept Nombres \u00bb \u00e0 son \u00e9l\u00e8ve \u00ab Rimbald \u00bb r\u00e9pondant \u00e0 \u00ab Voyelles \u00bb. Cabaner a donc probablement favoris\u00e9 une association sensorielle, celle de la musique et de la vision, ce qui s\u2019appelait alors l\u2019audition color\u00e9e. \u00c0 cette \u00e9poque, lorsqu\u2019on demandait \u00e0 Rimbaud ce qu\u2019il faisait \u00e0 Paris, il r\u00e9pondait \u00abj\u2019attends, j\u2019attends, j\u2019attends\u2026\u00bb, sous-entendu, j\u2019attends que Verlaine quitte sa situation pour partir. Cette attente, ces moments de grands d\u00e9soeuvrements, ont \u00e9t\u00e9 certainement propices \u00e0 une consommation importante de toxiques, l\u2019absinthe, la bi\u00e8re (Bitter) et le haschich, lesquels sont connus pour avoir des effets d\u00e9sinhibiteurs sur le syst\u00e8me nerveux et une action hallucinog\u00e8ne pouvant renforcer les modifications de la perception des sens. Il est cependant certain qu\u2019aucun hallucinog\u00e8ne ne fera d\u2019un individu un \u00e9crivain talentueux !<\/p>\n<p><strong>Un contexte socio-politique particulier<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s septembre 1870, les arm\u00e9es Prussiennes font le si\u00e8ge de Paris. Il s\u2019ensuit une grave famine l\u2019hiver, mais le peuple tient bon jusqu\u2019en 1871. Apr\u00e8s la signature de l\u2019Armistice en janvier, contre l\u2019avis des Parisiens (Patriotes de gauche), les Communards (mouvement ouvrier) s\u2019insurgent contre les Versaillais (dirig\u00e9s par Adolphe Thiers, qui deviendra le premier Pr\u00e9sident de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique) \u00e0 partir du 27 mars. Soixantetreize jours d\u2019insurrection qui se terminent par \u00ab la semaine sanglante \u00bb. Rimbaud a renonc\u00e9 \u00e0 ses \u00e9tudes en f\u00e9vrier 1871, il part encore une fois \u00e0 Paris pour une quinzaine de jours. Il n\u2019a probablement pas particip\u00e9 physiquement \u00e0 la Commune mais il en a compris le sens politique et social, l\u2019\u00e9mergence d\u2019une conscience \u00e9mancipatrice, et se sent tr\u00e8s proche des Insurg\u00e9s. Le 19 avril, il repart \u00e0 Paris, mais devant les affrontements, il doit rebrousser chemin et retourne \u00e0 Charleville. Sa po\u00e9sie refl\u00e8te cette p\u00e9riode, brandissant les couleurs dans ses textes comme un Insurg\u00e9 brandit le drapeau rouge de la r\u00e9volte, donnant \u00e0 son oeuvre un esprit Communard reconnu. Le Mal, Le Forgeron, Le Dormeur du Val, L\u2019 \u00e9clatante victoire de Sarrebru\u0308ck, Le Coeur au pitre, Le Coeur vol\u00e9, ne sont que quelques exemples de l\u2019influence de ces affrontements sur ses textes. Le final de Chant de guerre Parisien (mai 1871) est particuli\u00e8rement significatif de l\u2019implication intellectuelle de Rimbaud dans ces \u00e9v\u00e9nements, et de sa production synesh\u00e9sique color\u00e9e :<\/p>\n<p>\u00ab Et les Ruraux qui se pr\u00e9lassent<br \/>\nDans de longs accroupissements<br \/>\nEntendront des rameaux qui cassent<br \/>\nParmi les rouges froissements ! \u00bb<\/p>\n<p><strong>Synesth\u00e9sies intentionnelles et plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale<\/strong><br \/>\nIl est g\u00e9n\u00e9ralement admis que Rimbaud n\u2019\u00e9tait pas synesth\u00e8te. Pourtant, de nombreuses \u00e9tudes montrent que cette pr\u00e9disposition n\u2019est pas rare dans la population g\u00e9n\u00e9rale (variant entre 0,05 % et 4 %) et m\u00eame plus fr\u00e9quente dans la population des \u00ab cr\u00e9atifs \u00bb (peintres, musiciens, \u00e9crivains). Il s\u2019agit, dans l\u2019immense majorit\u00e9 des cas, d\u2019une variation neurologique d\u00e9veloppementale (et non pas acquise), pouvant avoir un facteur familial (que n\u2019avait pas Rimbaud) et sans pr\u00e9dominance sexuelle. Les voyelles color\u00e9es sont la forme la plus courante de synesth\u00e9sie, mais il existe des dizaines de formes synesth\u00e9siques (en fait plus de cent cinquante), parfois associ\u00e9es \u00e0 d\u2019autres particularit\u00e9s comme l\u2019hypermn\u00e9sie. Rimbaud, de l\u2019avis de tous \u00e9tait un surdou\u00e9, pr\u00e9coce, m\u00e9morisant facilement les textes. Ces facult\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 rep\u00e9r\u00e9es par son professeur Georges Izambard. Rappelons que la majorit\u00e9 de son oeuvre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite entre l\u2019\u00e2ge de 15 ans et 19 ans. Il a v\u00e9cu plusieurs vies (probablement bien plus que deux), apprenant plusieurs langues \u00e9trang\u00e8res. Une telle intensit\u00e9 de vie a longtemps intrigu\u00e9 Victor Segalen qui a \u00e9crit Le double Rimbaud. Et que penser de cette phrase que Pierre Lou\u00ffs pr\u00eate \u00e0 Verlaine : \u00ab Je sais qu\u2019il se foutait pas mal si A \u00e9tait rouge ou vert. Il le voyait comme \u00e7a mais c\u2019est tout \u00bb ? S\u2019il le voyait comme \u00e7a, syst\u00e9matiquement, et de fa\u00e7on involontaire, c\u2019est la d\u00e9finition de la synesth\u00e9sie !<\/p>\n<p>Que Rimbaud eut \u00e9t\u00e9 synesth\u00e8te ou pas, cela importe peu. S\u2019il avait cette pr\u00e9disposition, il a su s\u2019en servir pour provoquer chez le lecteur suffisamment de ressenti (les qualia) pour que nous en parlions plus de cent ans apr\u00e8s. S\u2019il ne l\u2019\u00e9tait pas, il a pu d\u00e9velopper une synesth\u00e9sie, intentionnelle, volontaire, en modifiant les capacit\u00e9s de son cerveau et certains r\u00e9seaux de neurones gr\u00e2ce \u00e0 la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. L\u2019int\u00e9r\u00eat po\u00e9tique est grand, et le symbolisme s\u2019appuie beaucoup sur ces effets synesth\u00e9siques, car beaucoup plus puissants que la m\u00e9taphore sur les qualia du lecteur. La po\u00e9sie grecque pr\u00e9sente nombre de m\u00e9taphores, et certains ont sugg\u00e9r\u00e9 que Rimbaud, \u00e9l\u00e8ve particuli\u00e8rement dou\u00e9, a voulu d\u00e9passer ses ma\u00eetres grecs en magnifiant l\u2019effet synesth\u00e9sique aux d\u00e9pens de la m\u00e9taphore. Cette derni\u00e8re se d\u00e9finit par l\u2019emploi d\u2019un terme concret pour exprimer une notion arbitraire par substitution analogique sans qu\u2019il y ait d\u2019\u00e9l\u00e9ment introduisant formellement une comparaison. Ce qui est int\u00e9ressant, c\u2019est qu\u2019en 1865, Paul Broca m\u00e9decin fran\u00e7ais, puis en 1874, Carl Wernicke m\u00e9decin allemand, ont \u00e9labor\u00e9 une th\u00e9orie neurophysiologique impliquant la coop\u00e9ration des deux h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux dans la conception d\u2019une m\u00e9taphore. Il ne s\u2019agirait donc pas du m\u00eame mode de cr\u00e9ation, avec des r\u00e9seaux neuronaux diff\u00e9rents !<\/p>\n<p>La neurobiologie abonde en exemples de stimulations sensorielles multimodales. Des cas de synesth\u00e9sie acquise ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9crits, comme celui de la personne aveugle qui peut compenser la perte de la vue par un autre sens (le toucher). Cela explique \u00e9galement l\u2019\u00e9mergence de talents artistiques \u00e0 la suite de l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales : un patient priv\u00e9 de la parole apr\u00e8s un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, a pu d\u00e9velopper un sifflement musical cr\u00e9atif (Oliver Sacks, Musicophilia : la musique, le cerveau et nous). \u00c0 partir des ann\u00e9es 1960, il a \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9vidence que le cerveau se modifiait sans cesse, \u00e0 la fois dans sa structure et dans son fonctionnement puisqu\u2019en permanence, les neurones meurent (par n\u00e9crose ou apoptose, v\u00e9ritable mort cellulaire programm\u00e9e) alors que par ailleurs, certaines r\u00e9gions du cerveau ont la capacit\u00e9 de produire des neurones indiff\u00e9renci\u00e9s qui pourront se sp\u00e9cialiser en fonction de la demande. Ainsi, notre cerveau en constante modification, est capable de s\u2019adapter \u00e0 de nouvelles situations en cr\u00e9ant un ph\u00e9nom\u00e8ne de sprouting (ou augmentation de l\u2019arborisation neuronale, au niveau des voies sensorielles fonctionnelles), permettant une captation d\u2019informations plus importantes et plus vari\u00e9es et une redistribution des informations vers le cerveau pour analyse et interpr\u00e9tation de ce stimulus. Ces nouvelles conditions sont renforc\u00e9es par la volont\u00e9 et la r\u00e9p\u00e9tition qui favorisent la m\u00e9morisation, activant ainsi les neurones impliqu\u00e9s dans cette cha\u00eene de perception. Cet aspect neurobiologique offre trois cons\u00e9quences. Cet exemple montre, de nouveau, que la plupart des fonctions c\u00e9r\u00e9brales s\u2019organisent en r\u00e9seaux de neurones, reli\u00e9s entre eux et se projetant sur des r\u00e9gions plus sp\u00e9cialis\u00e9es qui vont traiter l\u2019information et donner ou pas une r\u00e9ponse, consciente ou inconsciente, voire une m\u00e9morisation de certains \u00e9v\u00e9nements. Cette organisation est \u00ab hodotopique \u00bb et pr\u00e9vaut actuellement sur une organisation compartiment\u00e9e, localisationniste de notre cerveau. Il est ensuite comme une fen\u00eatre ouverte sur l\u2019\u00e9tude du fonctionnement normal de notre cerveau, les relations entre le cerveau conscient et l\u2019inconscient ; nombre de recherches se poursuivent dans le domaine cognitif et plus g\u00e9n\u00e9ralement dans le domaine des neurosciences. Enfin il laisse un espoir en termes d\u2019applications th\u00e9rapeutiques (acquisition d\u2019une vision \u00e0 partir de stimulations linguales par exemple, actuellement en d\u00e9veloppement).<\/p>\n<p>Ainsi, on peut penser que la cr\u00e9ation est un processus mental (donc c\u00e9r\u00e9bral), intime, multifactoriel, qui d\u00e9pend du monde ext\u00e9rieur aussi bien que de celui, int\u00e9rieur, de l\u2019artiste. Nous avons entrevu le r\u00f4le du cerveau et sa complexit\u00e9 au travers de la synesth\u00e9sie, qui ne correspond finalement qu\u2019\u00e0 une autre mani\u00e8re de percevoir. Ce m\u00e9lange sensoriel a \u00e9t\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment important dans la naissance du courant Symboliste, renfor\u00e7ant la lumi\u00e8re du texte, augmentant sa partie subjective, motivant tant d\u2019analyses et de lectures diff\u00e9rentes. Nul ne mettra en cause l\u2019immense talent litt\u00e9raire de Rimbaud, qui a tant apport\u00e9 \u00e0 la po\u00e9sie. Rimbaud a cette capacit\u00e9 \u00e0 manier la m\u00e9trique traditionnelle, comme dans Le Bateau ivre, mais aussi les formes plus libres de r\u00e9daction, comme dans Les Illuminations, ou Une saison en enfer ; il \u00e9tonne toujours, \u00e9veille en nous des sensations qui m\u00e9langent r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9. Il emporte avec lui bien des secrets, mais sa \u00ab Lettre du voyant \u00bb adress\u00e9e \u00e0 Paul Demeny le 15 mai 1871 restera un h\u00e9ritage important de son oeuvre :<br \/>\n\u00ab J\u2019ai r\u00e9solu de vous donner une heure de litt\u00e9rature nouvelle ; (&#8230;)<br \/>\n\u2014 Voici de la prose sur l\u2019avenir de la po\u00e9sie -Toute po\u00e9sie antique aboutit \u00e0 la po\u00e9sie grecque ; Vie harmonieuse. \u2014 De la Gr\u00e8ce au mouvement romantique, \u2014 moyen-\u00e2ge, \u2014 il y a des lettr\u00e9s, des versificateurs. D\u2019Ennius \u00e0 Th\u00e9roldus, de Th\u00e9roldus \u00e0 Casimir Delavigne, tout est prose rim\u00e9e, un jeu, avachissement et gloire d\u2019innombrables g\u00e9n\u00e9rations idiotes : Racine est le pur, le fort, le grand. \u2014 On e\u00fbt souffl\u00e9 sur ses rimes, brouill\u00e9 ses h\u00e9mistiches, que le Divin Sot serait aujourd\u2019hui aussi ignor\u00e9 que le premier auteur d\u2019Origines. \u2014 Apr\u00e8s Racine, le jeu moisit. Il a dur\u00e9 mille ans !<br \/>\nNi plaisanterie, ni paradoxe. La raison m\u2019inspire plus de certitudes sur le sujet que n\u2019aurait jamais eu de col\u00e8res un jeune France. Du reste, libre aux nouveaux ! D\u2019ex\u00e9crer les anc\u00eatres : on est chez soi et l\u2019on a le temps.<br \/>\nOn n\u2019a jamais bien jug\u00e9 le romantisme ; qui l\u2019aurait jug\u00e9 ? Les critiques ! Les romantiques, qui prouvent si bien que la chanson est si peu souvent l\u2019oeuvre, c\u2019est-\u00e0-dire la pens\u00e9e chant\u00e9e et comprise du chanteur ?<br \/>\nCar Je est un autre. Si le cuivre s\u2019\u00e9veille clairon, il n\u2019y a rien de sa faute. Cela m\u2019est \u00e9vident : j\u2019assiste \u00e0 l\u2019\u00e9closion de ma pens\u00e9e : je la regarde, je l\u2019\u00e9coute : je lance un coup d\u2019archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d\u2019un bond sur la sc\u00e8ne.<br \/>\nSi les vieux imb\u00e9ciles n\u2019avaient pas trouv\u00e9 du Moi que la signification fausse, nous n\u2019aurions pas \u00e0 balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ont accumul\u00e9 les produits de leur intelligence borgnesse, en s\u2019en clamant les auteurs !<br \/>\nEn Gr\u00e8ce, ai-je dit, vers et Lyres rythment l\u2019Action. Apr\u00e8s, musique et rimes sont jeux, d\u00e9lassements. L\u2019\u00e9tude de ce pass\u00e9 charme les curieux : plusieurs s\u2019\u00e9jouissent \u00e0 renouveler ces antiquit\u00e9s : &#8211; c\u2019est pour eux. L\u2019intelligence universelle a toujours jet\u00e9 ses id\u00e9es, naturellement; les hommes ramassaient une partie de ces fruits du cerveau: on agissait par, on en \u00e9crivait des livres: telle allait la marche, l\u2019homme ne se travaillant pas, n\u2019\u00e9tant pas encore \u00e9veill\u00e9, ou pas encore dans la pl\u00e9nitude du grand songe. Des fonctionnaires, des \u00e9crivains: auteur, cr\u00e9ateur, po\u00e8te, cet homme n\u2019a jamais exist\u00e9 !<br \/>\nLa premi\u00e8re \u00e9tude de l\u2019homme qui veut \u00eatre po\u00e8te est sa propre connaissance, enti\u00e8re ; il cherche son \u00e2me, il l\u2019inspecte, Il la tente, l\u2018apprend. D\u00e8s qu\u2019il la sait, il doit la cultiver ; cela semble simple: en tout cerveau s\u2019accomplit un d\u00e9veloppement naturel; tant d\u2019\u00e9go\u00efstes se proclament auteurs; il en est bien d\u2019autres qui s\u2019attribuent leur progr\u00e8s, intellectuel !<br \/>\n\u2014 Mais il s\u2019agit de faire l\u2019\u00e2me monstrueuse: \u00e0 l\u2019instar des comprachicos, quoi ! Imaginez un homme s\u2019implantant et se cultivant des verrues sur le visage.<br \/>\nJe dis qu\u2019il faut \u00eatre voyant, se faire voyant.<br \/>\nLe Po\u00e8te se fait voyant par un long, immense et raisonn\u00e9 d\u00e9r\u00e8glement de tous les sens. Toutes les formes d\u2019amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-m\u00eame, il \u00e9puise en lui tous les poisons, pour n\u2019en garder que les quintessences.<br \/>\nIneffable torture o\u00f9 il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, o\u00f9 il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, \u2014 et le supr\u00eame Savant ! \u2014 Car il arrive \u00e0 l\u2019inconnu ! Puisqu\u2019il a cultiv\u00e9 son \u00e2me, d\u00e9j\u00e0 riche, plus qu\u2019aucun ! Il arrive \u00e0 l\u2019inconnu, et quand, affol\u00e9, il finirait par perdre l\u2019intelligence de ses visions, il les a vues ! Qu\u2019il cr\u00e8ve dans son bondissement par les choses inou\u00efes et innommables : viendront d\u2019autres horribles travailleurs ; ils commenceront par les horizons o\u00f9 l\u2019autre s\u2019est affaiss\u00e9 ! (&#8230;) \u00bb<\/p>\n<p>Merci \u00e0 Jean-Pierre Vignes pour sa pr\u00e9sence de tous les instants.<\/p>\n<p><em>Bibliographie<\/em><br \/>\n<em> Antoine Cros, Les fonctions sup\u00e9rieures du syst\u00e8me nerveux : recherche des conditions organiques et dynamiques de la pens\u00e9e, \u00c9dition Bailli\u00e8re et fils, Paris, 1874.<\/em><br \/>\n<em> Victor Segalen, OEuvres compl\u00e8tes sous la direction d\u2019Henry Bouiller, \u00c9ditions Robert Laffont, collection Bouquins, 1995.<\/em><br \/>\n<em> Jewanski J, Simner J, Day SA, Ward J. J Hist Neurosci, The development of a scientific understanding of synesthesia from early case studies (1849-1873), 2011, 20(4) : 284-305.<\/em><br \/>\n<em> Arthur Rimbaud, Po\u00e9sies compl\u00e8tes, \u00c9dition de Pierre Brunel, Les Classiques de Poche, 1998.<\/em><br \/>\n<em> Kristin Ross : Rimbaud, La Commune de Paris et l\u2019 invention de l\u2019 histoire spatiale, \u00c9ditions Les Prairies ordinaires, collection Singuli\u00e8res modernit\u00e9s, 2013.<\/em><br \/>\n<em> Dictionnaire Rimbaud, sous la direction de Jean-Baptiste Baronian, \u00c9ditions Robert Laffont, collection Bouquins, 2014.<\/em><br \/>\n<em> Hubbard EM, and Ramachandran VS. Neuron, Neurocognitive mechanisms review of synesthesia, Vol. 48, 509\u2013520, 2005.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rimbaud et la synesth\u00e9sie Jean-Rodolphe Vignes Jean- Rodolphe Vignes est professeur de m\u00e9decine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bordeaux. Docteur en neurosciences, il exerce comme neurochirurgien au Centre hospitalo- Universitaire de Bordeaux et enseigne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bordeaux. (voir dans la section biographie) Cette photographie en noir et blanc, repr\u00e9sente bien s\u00fbr Jean, Nicolas, Arthur Rimbaud (1854-1891). &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Rimbaud et la synesth\u00e9sie&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-57","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sciences-et-sciences-humaines"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v26.1.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Rimbaud et la synesth\u00e9sie - Editions Pha\u00e9ton<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Rimbaud et la synesth\u00e9sie - Editions Pha\u00e9ton\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Rimbaud et la synesth\u00e9sie Jean-Rodolphe Vignes Jean- Rodolphe Vignes est professeur de m\u00e9decine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bordeaux. Docteur en neurosciences, il exerce comme neurochirurgien au Centre hospitalo- Universitaire de Bordeaux et enseigne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bordeaux. (voir dans la section biographie) Cette photographie en noir et blanc, repr\u00e9sente bien s\u00fbr Jean, Nicolas, Arthur Rimbaud (1854-1891). &hellip; Continuer la lecture de &laquo;&nbsp;Rimbaud et la synesth\u00e9sie&nbsp;&raquo;\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Editions Pha\u00e9ton\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2017-02-26T15:38:37+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2017-02-26T15:49:55+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rimbaud.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"157\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"210\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"Phaeton\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"Phaeton\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"38 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/\",\"url\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/\",\"name\":\"Rimbaud et la synesth\u00e9sie - Editions Pha\u00e9ton\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"http:\/\/revue-phaeton.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rimbaud.jpg\",\"datePublished\":\"2017-02-26T15:38:37+00:00\",\"dateModified\":\"2017-02-26T15:49:55+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/#\/schema\/person\/59bdbf6a5c6012c3b35a5e6ea429f667\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/#primaryimage\",\"url\":\"http:\/\/revue-phaeton.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rimbaud.jpg\",\"contentUrl\":\"http:\/\/revue-phaeton.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rimbaud.jpg\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Rimbaud et la synesth\u00e9sie\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/\",\"name\":\"Editions Pha\u00e9ton\",\"description\":\"Maison d&#039;\u00e9ditions \",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/#\/schema\/person\/59bdbf6a5c6012c3b35a5e6ea429f667\",\"name\":\"Phaeton\",\"url\":\"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/author\/admin4496\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Rimbaud et la synesth\u00e9sie - Editions Pha\u00e9ton","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Rimbaud et la synesth\u00e9sie - Editions Pha\u00e9ton","og_description":"Rimbaud et la synesth\u00e9sie Jean-Rodolphe Vignes Jean- Rodolphe Vignes est professeur de m\u00e9decine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bordeaux. Docteur en neurosciences, il exerce comme neurochirurgien au Centre hospitalo- Universitaire de Bordeaux et enseigne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Bordeaux. (voir dans la section biographie) Cette photographie en noir et blanc, repr\u00e9sente bien s\u00fbr Jean, Nicolas, Arthur Rimbaud (1854-1891). &hellip; Continuer la lecture de &laquo;&nbsp;Rimbaud et la synesth\u00e9sie&nbsp;&raquo;","og_url":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/","og_site_name":"Editions Pha\u00e9ton","article_published_time":"2017-02-26T15:38:37+00:00","article_modified_time":"2017-02-26T15:49:55+00:00","og_image":[{"width":157,"height":210,"url":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rimbaud.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"Phaeton","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"Phaeton","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"38 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/","url":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/","name":"Rimbaud et la synesth\u00e9sie - Editions Pha\u00e9ton","isPartOf":{"@id":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"http:\/\/revue-phaeton.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rimbaud.jpg","datePublished":"2017-02-26T15:38:37+00:00","dateModified":"2017-02-26T15:49:55+00:00","author":{"@id":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/#\/schema\/person\/59bdbf6a5c6012c3b35a5e6ea429f667"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/#primaryimage","url":"http:\/\/revue-phaeton.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rimbaud.jpg","contentUrl":"http:\/\/revue-phaeton.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rimbaud.jpg"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/2017\/02\/26\/rimbaud-et-la-synesthesie\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Rimbaud et la synesth\u00e9sie"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/#website","url":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/","name":"Editions Pha\u00e9ton","description":"Maison d&#039;\u00e9ditions ","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/#\/schema\/person\/59bdbf6a5c6012c3b35a5e6ea429f667","name":"Phaeton","url":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/author\/admin4496\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":65,"href":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57\/revisions\/65"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revue-phaeton.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}